IDEOLOGIE ET HISTOIRE
Réponse à NZwamba
Par
JP KAYA
J’ai été agréablement frappé par la pertinence et le
romantisme révolutionnaire qui se dégagent du dernier texte écrit par NZWAMBA SIMANGA, Secrétaire à la Recherche scientifique de notre parti. En gros on peut résumer l’argumentation de ce texte
ainsi : Notre but est la Révolution Africaine, qui doit être une rupture totale et irréversible non seulement avec la société africaine postcoloniale, mais aussi avec l’occident, qui est le
responsable direct de notre déchéance actuelle. Cette rupture doit commencer par la répudiation de la francophonie, de l’anglophonie et de la lusophonie, car la langue véhicule efficacement
d’après l’expression familière de l’auteur, les armes de domination massive. A la place, nous pouvons nous inspirer des exemples de ruptures réussies comme celle proposée par
Julius NYERERE en Tanzanie, à travers son socialisme africain, et sa volonté réussie d’imposer le Swahili comme langue nationale.
Personnellement, je ne peux qu’adhérer à la force implacable de cette volonté d’accorder nos
intentions avec les faits. Toutefois, la réalité nous oppose toujours une masse d’objections qu’il faut savoir identifier, afin comme le dit l’adage populaire, « de ne pas jeter le
bébé avec l’eau du bain ».
I. IL FAUT SAVOIR DISTINGUER ENTRE CONTRADICTION PRINCIPALE
ET CONTRADICTIONS SECONDAIRES
Du point de vue méthodologique, nous devons faire attention à ne
pas confondre ce qui est important et prioritaire, avec ce qui est important, mais secondaire.
Qu’est qui est important et prioritaire à identifier dans notre
situation ? C’est la définition scientifique de la vraie crise de la communauté africaine. Quelle est-elle ? Pour moi, il s’agit de la crise de la personnalité
africaine, qui résulte de toutes les dominations qui ont été exercées pendant des siècles, par des Négriers et des Colonisateurs de tout acabit sur la communauté africaine. Ces
dominations ont engendré des traumatismes qui ont donné naissance à un dysfonctionnement de la personnalité de base des Africains, ce qui explique l’irrationalité qui règne dans la société
africaine postcoloniale, mais aussi la médiocrité globale qui l’affecte et celle particulière qui accable chaque membre de cette société. Ce qui au total ai-je affirmé pousse à percevoir
l’Africain comme un être castré.
Le problème principal pour moi, se situe donc dans ce
dysfonctionnement de la personnalité africaine. Ce qui empêche la société africaine contemporaine de se prendre en charge, pour agir sur elle-même, et se fixer des buts téléologiques. Ainsi, pour
remettre cette société dans le sens de la marche, il faut trouver la bonne réponse à cette crise qui affecte la structure mentale même de l’Homme Noir.
Il se trouve justement que depuis quelques décennies, les
Africains ont décidé de se réconcilier non seulement avec leur Histoire, mais aussi avec leur culture et leur civilisation. Il en a résulté des
concepts tels que le panafricanisme, la Négritude, l’afrocentricité et la Renaissance Africaine. Mais qu’est ce qui dans ce besoin de se réapproprier le contenu positif de notre héritage
historique, serait à même de répondre efficacement à la crise de la personnalité africaine, symbole de notre aliénation et de notre médiocrité actuelle ?
Ma réponse, scientifiquement établie, est la MAAT, c'est-à-dire
la science initiatique. Le degré le plus élevé atteint historiquement par l’Initiation, idéologie de la société africaine. Car, l’Initiation possède une efficacité cathartique, qui en fait la
réponse la plus qualifiée pour répondre au problème de dysfonctionnement de la personnalité africaine. Parce qu’elle remplissait déjà un rôle similaire dans l’histoire au sein de la société
africaine. Ainsi par pur choix idéologique arbitraire, toutes les autres réponses susceptibles d’apporter à cette crise des réponses équivalentes : Bouddhisme, Christianisme,
Islam, etc. s’en trouvent disqualifiées. Parce que la puissance de l’aspiration historique qui se manifeste actuellement, et ce depuis plusieurs décennies, au sein de la communauté
africaine, qui pousse à valoriser notre histoire, et notre culture, et qui par bonheur nous a permis de redécouvrir la MAAT, l’idéologie africaine, impose par fierté son choix pour répondre aux
conséquences des agressions subies historiquement par l’Afrique.
Nous montrerons dans un prochain volume à paraître, (Cf.
JP KAYA ; « Théorie de la Révolution africaine. Tome IV : L’édification de la société initiatique ») que cette redécouverte, heureuse, n’est pas folklorique. Elle
répond, non seulement de façon fonctionnelle, à la crise actuelle de la communauté africaine, mais elle prétend répondre aussi à la crise de la société néo-libérale, moderne elle-même. La
Révolution Africaine possède ainsi un prolongement universel, naturel. Comme si, le dicton chrétien selon lequel les premiers, seront les derniers et inversement, possédait une signification
historique nécessaire.
II. IL FAUT SE MEFIER DU RELATIVISME
CULTUREL
Le raisonnement précédent nous conduit ainsi à nous méfier du
relativisme culturel. Car il nous suffit d’identifier clairement la nature de la crise qui nous affecte, puis de vérifier que la réponse qui s’y applique est proprement africaine, pour être sûr,
dans sa mise en œuvre, de construire une nouvelle société africaine fondée réellement sur des valeurs africaines. Cette nouvelle société africaine donnera naissance à un nouvel Homme Africain,
doté d’une mentalité pharaonique, grâce à une socialisation réussie à la MAAT.
Or, une analyse approfondie de la situation actuelle de notre
planète nous oblige à reconnaître que la véritable menace qui pèse sur elle est justement la société néolibérale moderne, qui désormais a atteint son niveau d’incompétence. Ceux qui ont prétendu
qu’il n’existait pas un mode de production plus efficace que celui de cette société pour assurer la prospérité et le bonheur de l’Humanité, après l’échec du communisme, ne sont que des handicapés
intellectuels, incapables de tirer partie des capacités de l’esprit humain. Cette attitude mentale, est une attitude de fin de règne.
Je prétend que la MAAT, représente un nouveau paradigme, capable
de repenser non seulement notre vision du Cosmos, mais aussi, notre présence au monde. Au lieu de ressasser des solutions qui ont échoué, ou de
s’enfermer dans un orgueil qui devient absurde, et qui risque de conduire notre planète à sa perte, l’Humanité à intérêt à redécouvrir la pensée qui
a engendré la civilisation, avant même de sortir de son berceau : la MAAT.
Pour les Africains, hésiter à donner la priorité à ce paradigme,
ne prouverait chez certains que leur degré d’aliénation (Cf. JP KAYA ; « Ce que philosopher veut dire… ». Ed ; Menaibuc, Paris, 2008)
Ainsi pousser la logique de notre argumentation jusqu’au point
de nier l’existence de l’autre c’est tomber dans l’excès, autrement dit faire du relativisme culturel. Car notre propre pensée, la MAAT, se prépare à
conquérir le monde. Pour y parvenir, elle va utiliser justement les langues qui ont servi à notre aliénation, pour répandre l’idéologie africaine, qui deviendra alors une pensée universelle.
J’affirme que, tant que nous serons sous la protection de la MAAT, personne ne pourra plus rien nous imposer contre notre propre gré.
Donc la première chose à faire, est de bien identifier la nature
de la crise africaine, et la nature de la réponse à y apporter. C’est la priorité. Ensuite, la mise en œuvre de cette réponse va reconstruire la personnalité africaine, et doter les Africains de
la mentalité pharaonique. Celle-ci je le rappelle, se décompose en esprit d’entrepreneur, en esprit de bâtisseur, en esprit de conquérant, et en qualités morales supérieures. La MAAT, nous
servira ainsi de bouclier et d’épée. En outre par les lacunes qu’elle révèle, la société moderne
actuelle n’a pas d’autre destin que d’être maâtisée, pour être sauvée de la décadence.
Néanmoins, l’Afrique suite à l’élan créé par la Renaissance
Africaine a besoin de réhabiliter ses propres langues, et d’en choisir une comme langue officielle. Toutefois cette aspiration légitime et nécessaire
ne peut pas impliquer une rupture définitive avec les langues des autres peuples. Quels que soient nos rapports historiques avec ces peuples. Car, le principe de réalité, nous rappellerait
inévitablement à la raison. Parce que nous ne sommes pas seuls sur Terre. Ensuite, tous les peuples contribuent à l’Histoire Universelle à leur manière. Nous devons avoir l’intelligence de
soutirer de cet héritage universel, ce qui nous convient (Cf. Th. OBENGA ; « La nouvelle Histoire »). En outre, même si très peu de gens s’en rendent compte, notre
tour de briller au firmament est maintenant arrivé. Pour en faire l’expérience, nous avons d’abord un sacrifice à faire. Faire violence contre nous-mêmes pour être en mesure de réaliser l’unité
politique africaine. C’est la seule condition pour qu’émerge une puissance africaine, qui changera définitivement l’attitude des peuples du monde entier envers l’Afrique et les Africains. Le
destin de l’Afrique, est donc l’obligation de devenir une puissance mondiale, pour avoir l’assurance d’échapper à la dépendance et à la misère.
En retrouvant confiance en nous-mêmes par la pratique de la MAAT, nous nous mettrions à l’abri de possibles agressions culturelles. Ensuite avec l’édification
de la société initiatique, fondée sur les principes de la MAAT, notre attitude ne sera plus une attitude de repli sur soi, mais une attitude offensive, de conquérant, car nous avons une revanche
à prendre sur l’Histoire. Enfin nous découvrirons que nous avons le devoir d’expliquer et de démontrer au monde entier, que notre vision de la société humaine est la meilleure. Et donc désormais,
c’est à nous de jouer. C’est pourquoi nous ne craignons pas de décliner le sous-titre de notre parti dans les différentes langues internationales.
Car notre
intention désormais, est de passer à l’offensive idéologique. Seul le nom principal du parti : MAAT, restera invariable, car la principale caractéristique de la MAAT, est la
stabilité, qualité qui permet de préserver l’harmonie du monde.
Vie, Force, Santé.