POURQUOI PAS DEUX ETATS EN AFRIQUE ?
Par
JP.
KAYA
L’expérience nous a appris que les Maghrébins sont intimement convaincus que leur religion et leur
culture sont intrinsèquement supérieures à celles de l’Afrique Noire. Ainsi dans le cadre d’une Union politique africaine, associant l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, il faudra s’attendre à
une attitude agressive de la part des Maghrébins de vouloir islamiser et arabiser l’Afrique Noire, perçue par eux comme une région non civilisée. C’est pourquoi, il est urgent de lever
l’ambiguïté et le malentendu que cache la volonté de KHADAFI de vouloir construire un Etat Africain, en prenant tout le monde de vitesse. Après des siècles d’asservissement et de domination,
auxquels les Arabes ont été partie prenante, les Africains sont aujourd’hui allergiques à l’idée de subir même de façon homéopathique une influence d’un peuple étranger à la communauté africaine.
Malheureusement, l’activisme politique d’un KHADAFI qui espère devenir le sauveur des Noirs, ne lui a pas permis de prendre la mesure de cet état d’esprit qui habite silencieusement l’élite
africaine, et qui gagnera inexorablement les masses africaines. De nos jours, la communauté africaine, aspire à une Renaissance, qui s’entend être un retour au contenu positif de l’héritage de la
civilisation africaine. Le paradigme, qui théorise ce retour est l’Afrocentricté. Idée partagée par l’Afrique et toutes ses diasporas. Le contenu de l’Héritage
universel de la civilisation africaine se ramène à un concept puissant engendré par l’antiquité africaine : la MAAT. J’ai démontré dans la « Théorie de la Révolution Africaine », que la MAAT, n’est rien d’autre que l’expression achevée de l’idéologie de la société
africaine : l’Initiation. La Renaissance Africaine sera ainsi le résultat de la pratique et de l’intériorisation de la MAAT, qui
conférera alors à chaque Serviteur de la MAAT, la mentalité pharaonique. C’est pourquoi le développement politique de l’Afrique doit nécessairement aboutir à la création de deux Etats distincts,
qui puiseront chacun leurs ressources institutionnelles dans deux univers culturels et historiques différents pour pouvoir fonctionner de façon optimale : Une Union politique du Maghreb d’un
côté et un Etat Africain de l’autre. Si par une ruse de l’Histoire, un Etat Fédéral Africain qui ne respecte pas cet impératif est créé avant qu’une véritable Renaissance Africaine ne se soit
produite, celui-ci sera condamné à l’auto-destruction sur le modèle de la défunte Union Soviétique. Car l’aspiration qui anime toute la communauté africaine aujourd’hui, ne peut être assouvie,
que par la naissance d’une puissance africaine au niveau mondial sur une base culturelle authentiquement africaine. C’est cette puissance africaine qui permettra à la communauté
africaine de se guérir des traumatismes qu’elle a subis dans l’Histoire.
C’est pour cette raison que notre Maître C. A. DIOP, qui était pourtant musulman, avait clairement
dimensionné le futur Etat Fédéral Africain, à l’Afrique Noire, et non pas à toute l’Afrique (Cf. ; « Les Fondements économiques, et culturels d’un futur Etat Fédéral d’Afrique
Noire » ; Présence Africaine, 1960.
I. ETHNOGENESE DE L’ETAT
L’Etat est une forme de pouvoir
politique qui pour fonctionner a besoin d’enraciner ses institutions dans une mythologie, une histoire, des représentations, et des croyances communes à un peuple. Depuis les indépendances, les
pays d’Afrique Noire se sont engagés dans un processus de construction d’un Etat sur des bases légales rationnelles. C'est-à-dire un pouvoir politique laïc, fondé sur la séparation de la religion
et des institutions publiques.
Nous savons que cette séparation est impossible en Islam. En effet en Terre d’Islam la communauté des
croyants ne se distingue pas de la communauté politique. Ainsi, le système politique, ne peut-il pas se différencier et s’autonomiser de ses périphéries sociales, pour se comporter comme un Etat
moderne. S’il tente de le faire, la base sociale, trouvera des motivations dans l’Islam qui imprègne fortement la formation sociale, pour obtenir, par la violence si nécessaire, l’assimilation de
la communauté politique à la communauté des croyants.
C’est la raison fondamentale, qui retarde l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, bien
qu’officiellement ce pays soit un Etat laïc. Les Européens essaient avant de se résoudre à accepter ce nouveau venu dans leur clan d’insuffler autant que possible au peuple turc, des habitubes de
vie démocratiques, pour pouvoir se fondre dans l’univers politique occidental. Or, l’Afrique Noire, ne se trouve pas dans la situation de l’Union Européenne, première puissance commerciale du
monde, donc capable par sa puissance tant économique, culturelle que politique, d’absorber avec le temps la Turquie. Au contraire, c’est l’Afrique qui va subir le sort de la Turquie, vis-à-vis du
Maghreb. La Renaissance Africaine, n’ayant pas eu le temps de s’accomplir, pour permettre à l’Afrique de reconstruire son identité culturelle, puis de la stabiliser, celle-ci, va inévitablement
être islamisée et arabisée. Et nous n’avons aucun secours attendre des Européens, qui par l’entremise de l’UPM, ont en réalité attribué aux pays Maghrébins les moyens de
recoloniser à long terme l’Afrique. En effet toutes les politiques prévues pour la mise en œuvre de l’Union pour la Méditerranée,
auront pour conséquence à long terme de développer le Maghreb, et en même temps de maintenir l’Afrique Noire dans une situation de sous-développement permanent et de dépendance perpétuelle envers
l’étranger.
Par ailleurs, bien que l’aspect politique de ce projet reste soigneusement masqué, les pays
Maghrébins, grâce à l’UPM, deviendront nécessairement le gendarme de l’Afrique. Fonction, qu’ils remplissent déjà avec efficacité dans le contrôle des flux migratoires. Nécessairement, la Libye,
sans le proclamer officiellement deviendra elle aussi un membre de l’UPM, par le biais des politiques de coopération
bilatérales.
Ainsi quoi que fassent les pays africains, leur destin est déjà scellé, comme d’habitude, sans leur
consentement. Mais contrairement à l’époque de la Conférence de Berlin, où les puissances européennes décidèrent cyniquement de se partager en toute tranquillité le continent noir, aujourd’hui,
nous avons des élites capables de démasquer tous les projets anti-africains, puis d’en informer la communauté africaine, charge à elle, de prendre des contre-mesures qui
s’imposent.
II. LE CODE CULTUREL AFRICAIN
Il n’est écrit nulle part, que la création d’un futur Etat Africain doit obligatoirement se faire en
association entre l’Afrique Noire et le Maghreb. Le fait de partager le même continent, ne nous oblige pas à lier nos destins de façon mécanique. Il suffit de regarder autour de nous. La Russie
et l’Union européenne, bien que partageant le même continent, n’ont pas décidé pour autant de fusionner. De même, les USA et le Canada, si proches géographiquement, culturellement et
économiquement n’ont pas décidé de mettre leurs œufs dans le même panier. Mais aussi la chine et les deux Corées, pourraient parfaitement s’intégrer
en un seul pays, mais cela n’a jamais traversé l’esprit de personne. Enfin pourquoi l’Inde et le Pakistan ne se décident-ils à se réunifier ? Même chose pour Israël et la Palestine. La
solution la plus simple pour mettre un terme à leurs différends serait pourtant de créer un Etat Fédéral. Tous ces exemples nous montrent qu’il y’a des inerties sociologiques, qui ne permettent pas de passer aussi aisément du rêve à la réalité.
Que se passerait-il si certains responsables politiques africains actuels, handicapés par
l’aliénation, ou animés par l’appât immédiat du gain, donnaient le feu vert, à la création d’une Union Africaine bancale à la demande de KHADAFI ? Ils produiraient tout simplement
l’expérience soviétique : destiné et programmé à l’autodestruction. En voici les
raisons.
1°)-Le code culturel d’un peuple, est à l’échelle des groupes
humains, ce que le programme génétique l’est à celui d’un individu. L’attachement aux valeurs communes, le nationalisme, voire l’intégrisme, sont de nature à remobiliser le code culturel. Ce
phénomène a été constaté dans le processus qui a conduit aux indépendances africaines. Il a généré des idéologies comme le panafricanisme, la Négritude et aujourd’hui l’afrocentricité. Bien
qu’ayant été abordé sous l’angle philosophique avec le panafricanisme, et sous l’angle littéraire avec la négritude, c’est aujourd’hui seulement avec l’approche scientifique de l’afrocentricité,
que nous approchons la véritable nature du code culturel africain. Celui-ci se ramène entièrement dans un seul mot : MAAT. J’ai déjà eu pour ma part l’occasion de préciser dans les tomes I
&II de la « Théorie de la Révolution Africaine », que MAAT, n’était que la forme la plus évoluée, de l’idéologie africaine, l’Initiation. Ce stade avancé, a été
atteint historiquement par l’Egypte pharaonique.
En réalité MAAT, ou Initiation, est le moteur même de l’Histoire dans la civilisation africaine.
C’est son action qui peut permettre à n’importe quelle société africaine de se transformer, puis de se développer. Elle lui permet de vérifier le schéma conceptuel de développement du système
communautaire et d’expérimenter les quatre étapes d’un processus de développement endogène, propre à la société africaine. MAAT est ainsi la clé pour répondre à la crise africaine et pour
relancer le processus de développement des sociétés africaines.
2°)- Or cette idéologie dans son fonctionnement s’oppose à
l’Islam. En effet l’Islam impose une soumission du croyant à Dieu pour atteindre le salut. Au contraire MAAT, c'est-à-dire l’Initiation propose une identification de l’Homme à Dieu. Dans le
premier cas la loi divine s’impose d’en haut comme un impératif catégorique à l’individu, dans le second, l’Homme va à la rencontre de Dieu, par un effort personnel d’évolution et de
développement spirituel. Alors que l’Islam interdit toute personnalisation de Dieu et même toute comparaison à Lui, MAAT, au contraire prône l’identification de l’Homme à Dieu. Effort par lequel
il s’approprie les qualités divines, pour devenir l’image vivante de Dieu sur Terre. Ces deux conceptions du monde, donnent lieu à deux formes de souveraineté et à deux formes d’organisations
sociales différentes.
Ainsi tous les ingrédients sont en place pour provoquer une collision frontale entre les deux
communautés, à moins de donner à chacune une forme politique adaptée à ses aspirations. Autrement dit, pourquoi ne pas reconnaître les faits et envisager la création de deux Etats distincts,
qui pourront alors par la suite coopérer efficacement ?
III. DES RESSENTIMENTS SOCIO-HISTORIQUES NON
APPAISES
L’Afrique ai-je dit, tente actuellement de sortir d’un passé chaotique et douloureux qui a légué à la
communauté africaine des traumatismes très graves, qui ont castré cette communauté et qui expliquent la médiocrité dans laquelle elle croupie.
L’occident seul, n’est pas l’unique responsable de ce passé. Les Arabes y figurent en bonne place. La réduction des Nègres en esclavage par les Arabes a commencé dès le IIIè siècle de notre ère.
L’apparition de l’Islam, n’a ni freiné, ni interrompu ce processus. Au contraire, celui-ci a continué jusqu’à nos jours, en survivant ainsi à la Traite atlantique elle-même.
De nos jours, là où l’Afrique Noire et le monde arabe se touchent, les chercheurs en sciences
humaines, ont constaté un phénomène de sécularisation et de routinisation de l’esclavage des Noirs. Avec, si l’on peut dire, la bienveillance de l’Islam. On a effet posé la question aux négriers
Touaregs la raison pour laquelle ils continuaient à pratiquer l’esclavage des Africains. Leur réponse est désarmante de sincérité. C’est le Coran disent-ils qui l’autorise. Et ils ne font que
poursuivre une tradition qui leur vient de leurs ancêtres. Dans ces conditions il n’est pas surprenant d’observer le même phénomène profondément
installé dans les habitus des peuples arabo-musulmans depuis la Somalie, en passant par le Soudan, jusqu’en Mauritanie. La Libye, le pays de KHADAFI, qui se veut être le père de
l’unité africaine, n’échappe pas à cette malédiction. Les Africains qui y ont vécu, mais aussi les enquêtes des journalistes, rapportent que l’activisme politique du dirigeant suprême de ce pays
ne reflète en rien l’état d’esprit de sa population, qui se comporte envers les Noirs, comme les Sud-africains blancs de l’époque de l’apartheid. On y retrouve les mêmes réflexes que ceux des
Américains à l’époque de la ségrégation. Un Africain lésé par un Arabe, aurait tort d’aller se plaindre auprès des autorités, car il se retrouverait soit en prison, soit expulsé du pays. C’est un
pays où les Africains survivent à la périphérie du système social. Ils sont écrasés par une hiérarchie sociale, qui est ouvertement raciale. En un mot ils vivent comme des parias. Dans ces
conditions KHADAFI peut-il représenter l’Afrique et parler au nom des Africains ? Non évidemment, ses rêves de grandeur ont vocation à être
assouvis par l’Union du Maghreb Arabe. Pourquoi alors cette cour empressée de l’Afrique Noire par le leader libyen. La réponse est double. Les ressources colossales de l’Afrique ne peuvent
laisser personne indifférent. Mais aussi la perspective de s’appuyer sur une région qui deviendra dans moins de trente ans la région la plus peuplée du globe, lui permet d’espérer une base
stratégique unique, pour peser sur la scène internationale.
Mais, Il y a un problème qu’il n’a pas jugé utile de prendre en considération. Les Africains de leur
côté, veulent construire un Etat Africain, qui a vocation à devenir une puissance mondiale, sans les Maghrébins. L’existence même de cet Etat sera
pour chaque Africain, une revanche sur l’Histoire, et le signe d’une Renaissance de l’Afrique. Ces vérités devraient être dites avant qu’il ne soit
trop tard.
En effet, je
prévois l’éclosion d’une période de nationalisme africain virulent suite à la Révolution et la Renaissance africaines. Une fois l’Héritage de la civilisation africaine et son idéologie, la MAAT,
reconquises et digérées, les Africains vont brutalement se réveiller et nourrir à l’égard de différents peuples de l’Humanité de sentiments inversement proportionnels à leur implication dans
l’aliénation actuelle de la communauté africaine. Ce phénomène n’est qu’une loi de la psychologie des foules. Mais, il faut y penser longtemps à l’avance pour éviter des débordements et des
violences inutiles, lors de sa manifestation. Mais une chose est certaine, la communauté africaine aura besoin d’une période de repli sur elle-même. Une posture de méditation pour faire la paix
avec elle-même et avec le monde, avant de s’ouvrir de nouveau avec confiance vers d’autres peuples. C’est pourquoi seul un Etat authentiquement africain sera capable d’encadrer ce devenir
historique.
CONCLUSIONS
Un intellectuel africain, me
faisait remarquer récemment, que « si Dieu avait séparé l’Afrique du Maghreb par un désert mortel, c’est parce qu’il avait une idée derrière la tête ». En effet, rien ne peut
convaincre, ni obliger l’Afrique Noire à unir son destin à celui du Maghreb. Ces deux régions ont vocation à s’intégrer en deux Etats spécifiques. Ce qui ne les empêchera pas une fois constitués,
d’entretenir des relations économiques, fraternelles, culturelles, sportives, amicales et apaisées. Vouloir à tout prix les enfermer
dans un même moule est une erreur stratégique, qui donnera des conséquences tragiques. Car dès à présent nous pouvons constater que tout oppose ces deux communautés. Les croyances, l’Histoire,
l’organisation sociale, la conception de la politique, et la nature des relations avec l’Europe.
L’état d’esprit actuel des Africains, se résume en une aspiration fondamentale et puissante : la
Renaissance Africaine. Il s’agit d’un retour au contenu positif de la civilisation africaine, en vue de créer une nouvelle société africaine, qui prendra toute sa place sur la scène
internationale. L’attitude des Maghrébins vis-à-vis de l’Afrique Noire est un mélange d’impérialisme et de paternalisme. Ils ont besoin de l’Afrique
pour permettre au monde Arabe de reconstituer sa puissance passée. Nous avons là deux volontés qui s’annulent, car l’Afrique veut devenir une puissance par elle-même. Elle a tout ce qu’il lui
faut pour réussir. Un territoire gigantesque, des ressources colossales, une population qui sera très bientôt la plus nombreuse du monde. Elle attend simplement la constitution d’une nouvelle
élite. Ce que la Renaissance Africaine, grâce à la réappropriation de l’idéologie africaine, la MAAT va lui procurer.
La Révolution Africaine est la clé de tout ce mécanisme. En coupant les ponts définitivement avec la
société postcoloniale, elle va éveiller dans le subconscient de chaque Africain la mentalité pharaonique. C’est pour cela qu’elle constitue le véritable détonateur de la Renaissance
Africaine.
JP KAYA
Vie, Force, Santé.
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